La petite cuisine de l’investissement – Episode 6 – Les obligations, le sucré salé.

Il y a de ces ingrédients qu’on n’ose utiliser. Exotiques, mystérieux. Les obligations en font partie. Petit guide introductif à cette saveur.

En France, tous les investisseurs connaissent les actions, tous connaissent les fonds euros. On mélange les deux avec facilité.

Mais quand on parle d’obligations, alors là, c’est l’inconnu. Personne ne s’y aventure. « Trop risqué en ce moment les taux vont forcément remonter », « Inutiles en cette période de hausse des marché actions« , »Avec des taux aussi bas on ne gagne plus rien de toute façon« .

Or, les obligations, la deuxième grande saveur des titres financiers, ont leur utilité, et les connaisseurs se doivent de savoir les utiliser. Les actions c’est le salé, les obligations le sucré. Mais le sucré salé, c’est délicat, non ?

« Back to basics » : c’est quoi une obligation ?

Pas besoin de rentrer dans un luxe de détail et de complexité. Une obligation se résume par la phrase suivante :

 » On est donc d’accord : je m’engage à te prêter 100 € – le principal de l’obligation – tout de suite et tu t’engages à me rembourser les 100 € que je t’ai prêtés dans 10 années, plus un intérêt annuel de 2% – le taux facial de l’obligation – soit 2€. »

Le principe de base, c’est que c’est un emprunt, avec des montants d’intérêts qui sont prédéterminés, contrairement à une action dont le montant des dividendes annuels dépend du résultat de l’entreprise et de sa volonté de distribuer ses résultats.

Néanmoins un point important à comprendre : si le « taux d’intérêt facial » (les 2% dans l’exemple) d’une obligation est fixe1, son cours varie comme celui d’une action, si bien que le taux réellement obtenu est différent du taux facial. On parle pour ce taux de « taux d’intérêt de marché ».

Sur les marchés financiers les obligations s’échangent donc en fonction de leur prix et non de leur taux de marché. Mais les deux sont liés par une relation mathématique déterministe2, si bien qu’on a tendance à comparer leur taux de marché plutôt que leur cours, ce qui est plus parlant.

Imaginez que vous achetez un verger. Chaque année une quantité relativement stable de fruits va être cueillie et vendue. Le « rendement » ne varie pas.

Donc si vous achetez 100€ un pommier qui donne 4€ en fruits par an vous avez un taux facial de 4%. Mais si votre voisin décide alors ( le vil ) de vendre  100€ son arbre qui, lui, a un rendement de 5€ ( 5%) par an, le vôtre a perdu de la valeur et ne trouvera pas d’acheteur faute de proposer un rendement similaire. Vous ne pouvez pas changer le nombre de pommes produites ( le taux facial va rester identique) mais vous pouvez changer le prix :  ainsi si vous vendez votre arbre 80€ et qu’il produit toujours pour 4€ de fruits, votre rendement remonte à 5% ( le taux de marché ) et vous êtes compétitif.

C’est exactement ce qui se produit sur les marchés obligataires.

Et c’est risqué ?

Oui c’est risqué, comme tout investissement. Rappelons le principe de base : « tout rendement implique un risque ».

Mais le risque est légèrement différent de celui supporté par les actions. Il se décompose en deux composantes spécifiques qu’il faut bien appréhender :

Le risque de crédit

C’est un risque spécifique à chaque obligation. Il s’agit du risque que l’emprunteur ne puisse pas payer ses échéances, intérêts ou principal. Ainsi une obligation émise par l’Etat allemand (jugé très sûr) se paiera bien plus cher qu’une obligation exactement similaire en taux facial et en durée mais émise par une entreprise ayant des difficultés financières.

Une obligation peut voir son cours augmenter si son émetteur devient plus sûr (une entreprise dont les résultats s’améliorent) ou baisser si le défaut devient plus probable (État supportant un déficit particulièrement important).

Les obligations sont ainsi classifiées en fonction de leur risque : « emprunts souverains », obligations émises par des Etats présentant une sécurité très élevée, « investment grade » émises par les collectivités ou entreprises de risque moyen, et enfin les obligations « high yield » ( c’est à dire servant un taux d’intérêt élevé, donc à haut rendement) pour les crédits plus rémunérateurs… et donc beaucoup plus risqués !

Le risque de taux

Il s’agit là d’un risque global, non spécifique à chaque titre. C’est le risque que de nouveaux emprunteurs arrivent sur le marché (financier) et « cassent les prix », c’est à dire, dans le cas des obligations, qu’ils proposent de payer un taux d’intérêt plus élevé que celui de l’obligation que vous possédez, pour un risque de crédit similaire.

Par exemple : si vous possédez une obligation avec un taux de 2% et que les emprunteurs proposent de vendre de nouvelles obligations de risque exactement similaire  à un taux de 3%, votre obligation vaudra moins cher (c’est l’histoire du pommier, voir ci-dessus). En effet personne ne sera prêt à vous l’acheter tant que son prix n’assurera pas à cet acheteur le nouveau rendement du marché, c’est à dire 3%, rendement qu’il peut avoir sur l’étal d’à-côté.

Le risque de taux, c’est cela : que pour des emprunteurs semblables le taux qu’ils proposent augmente (bien sûr cela marche dans l’autre sens, et vous pouvez aussi y gagner).

Pourquoi est-ce important  ?

Les obligations en direct sont très largement sous-représentées dans les portefeuilles des investisseurs français. Mais elles ont pourtant un avantage très important qui leur apporte toute leur valeur : elles se marient très bien aux actions !

En effet les obligations, d’une manière générale, sont faiblement corrélées aux actions, et ceci permet de créer des mélanges qui, sur le long terme, vont avoir un rapport entre rendement et risque plus élevé.

Cela ne signifie pas que vous allez avoir un rendement plus élevé, mais le mélange des deux vous permettra d’avoir des baisses moins marquées pour un rendement légèrement plus faible.

L’art fin de la cuisine de l’investissement.

Et avoir des baisses moins marquées peut faire toute la différence si cela vous permet de limiter votre stress et donc de tenir vos positions en période de baisse.

En somme, rajouter une pincée d’obligations (ou une touche plus marquée selon votre goût, et votre situation) peut vous éviter de vendre au plus bas, dans un mouvement de panique. Et comme nous le répétons souvent, tenir le cap en investissement est bien plus important que d’essayer de toujours avoir le meilleur rendement. Au final, vous y gagnerez.

Mais ça s’achète où ?

Les obligations sont échangées sur les marchés organisés, vous pouvez donc en trouver chez votre petit broker du coin de la rue… mais il y a deux problèmes.

Tout d’abord les obligations en direct ont un montant minimal d’investissement souvent élevé (on peut difficilement acheter des tranches de petite taille) D’autre part leur liquidité est faible, ce qui rend leur négociation difficile, et surtout très chère ! En fait les obligations individuelles ne s’échangent souvent qu’entre « grossistes » ou, dans le langage financier, entre « institutionnels ».

Pour vous exposer aux obligations, il est donc préférable d’acheter des parts de fonds communs. Ceux-ci sont moins nombreux que pour les actions, mais ils existent, y compris sous forme d’ETF répliquant des indices obligataires.

Néanmoins, pour la gestion obligataire également, qu’elle soit active ou indicielle : attention aux frais !

Il reste bien sûr énormément de choses à découvrir sur les obligations au-delà de cette introduction. Ce sera pour une prochaine fois.

 

  1. Il existe des obligations à taux variable, dont il ne sera pas question dans ce post.
  2. Le taux de marché d’une obligation peut être calculé directement en fonction de ses flux de trésorerie prévisionnels et de son cours. La relation entre les deux est certaine et inverse : si le cours d’une obligation augmente son taux de marché diminue, et inversement.

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